ILS « MEUBLENT » LE CINÉMA

Une ville d’acier imaginée par Jacques Tati, la DS volante de Fantômas, tout comme la statue de L’Année dernière à Marienbad... ces pièces de l’histoire du cinéma sont réunis dans l’étonnant essai de Joséphine Jibokji : Les Objets du cinéma.

Dès l’ouverture des Objets du cinéma (*), Joséphine Jibokji, maître de conférences en études cinématographiques à l’université de Lille, annonce la couleur : « Cet ouvrage est consacré aux objets fabriqués pour les films de fiction, babioles aussi bien que tableaux, sculptures ou encore machineries spectaculaires spécialement créées pour un film. Leur apparitions témoignent de l’artificialité de l’univers filmique, leur façonnage rappelle qu’une main travaille derrière l’œil de la caméra. »

Dans un texte dense mais toujours accessible, Joséphine Jibokji revisite à sa façon l’histoire de l’art passant d’un film d’auteur aussi marquant que L’Année dernière à Marienbad avec ses séquences mystérieuses et envoutantes sur le groupe statuaire à la Joconde revisité par Michel Audiard dans Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais… elle cause !. Un clin d’œil évident à une variation célèbre de Marcel Duchamp. Avec Joséphine Jibokji, on le voit,  le grand écart est tout un art… Et l’art ne connaît pas de frontières.

Pour chaque film, l’auteure fait dans le détail pour souligner les liens qui existent, explicitement ou implicitement, avec les arts plastiques. Ainsi avec Les Demoiselles de Rochefort où elle montre comment pour la première fois chez Jacques Demy, il est question d’art à travers la galerie de peinture  animée par deux personnages aux conceptions opposées. Le  marchand, Guillaume Lancien est un commerçant opportuniste quand Maxence, le peintre-militaire, « fuit la caserne pour peindre son « idéal féminin », qu’il accroche comme un Wanted ! dans la galerie de son rival. » Pour illustrer son propos, l’auteure propose aussi les dessins préparatoires pour le décor, signés Bernard Évein.

Dans ce gros volume, il y a aussi des passages très intéressants sur la polychromie de la statuaire antique dans Le Mépris de Jean-Luc Godard et sur des films moins connus de cinéaste, tel Les Godelureaux, de Claude Chabrol. Alternant entre le cinéma dit « intellectuel » et le cinéma dit « populaire », Joséphine Jibokji signe encore une très intéressante approche du « fantasme de la modernité » dans le célèbre Fantômas, d’Hunebelle qui fit du héros de Allain et Souvestre, « une figure Pop, un personnage cynique et coloré. » Elle évoque notamment le rôle de la fameuse DS-avion et note : « L’automobile cesse d’être un symbole social, les gens s’envolent et leurs rêves se dirigent vers l’espace. En 1964, Fantômas a su interpréter ce passage et sa DS de 1955 devient un avion prêt à décoller pour la nouvelle ère de l’avion à réaction. Le Jet Age propulse les esprits, la volonté d’aller toujours plus vite, toujours plus loin et de manière toujours plus fluide. »

Les Objets de cinéma est, on le voit, un livre très riche et original sur ces relations profondes entre le 7ème Art et les révolutions artistiques des dernières décennies, dans des relations d’enrichissement mutuel.

(*) Ed CTHS/ INHA

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