UN THRILLER CORÉEN PALPITANT

MEMORIES OF MURDER, de Joon-Ho Bong, 2h10

Avec Song Kang-Ho, Kim Sang-kyung, Hie-bong Byeon

Sortie de la version restaurée : mercredi 5 juillet 2017

Je vote : 5 sur 5

Le pitch ?

En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d’une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d’autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n’a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d’actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d’un policier local et d’un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l’absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute…

Pourquoi ce policier est à voir et revoir ?

L’été est propice à la sortie des versions restaurées sur grand écran. Avec ce policier signé Joon-Ho Bong, sorti en juin 2004, c’est vraiment une bonne pioche, tant la réalisation de ce polar reste éblouissante. Il était inspiré de faits divers bien réels qui se sont déroulés entre 1986 et 1991 en Corée du sud.  A l’époque,  un « serial killer » (le premier de toute l’histoire de la Corée) viola et assassinat dix femmes, dans un rayon de deux kilomètres. La plus âgée des victimes avait 71 ans et la plus jeune, une écolière, 13 ans. Or, le meurtrier n’a jamais laissé d’indices. Alors que plus de 300 000 policiers furent , à l’époque, mobilisés pour l’enquête et plus de 3000 suspects interrogés, personne ne fut jamais inculpé pour ces crimes…

Pour tourner ce polar crépusculaire, le cinéaste coréen a choisi les lieux même des évènements après avoir passé plus d’une année à faire des recherches, des visites,  à mener des entretiens auprès de divers protagonistes liés à l’enquête :  policiers et  journalistes qui couvrirent ce sordide fait divers. « J’ai une relation complexe à ce qu’on appelle « le film de genre ». J’adore tout autant que je détste. Je ressens une excitation à faire frissonner le public avec mais j’essaie en même temps de trahir ou de détruire ce que l’on espère y trouver » souligne le réalisateur.Nous replongeant dans une Corée vivant encore des tensions politico-militaires avec son ennemi du Nord (les deux pays sont séparés depuis 1953), Joon-Ho Bong utilise à merveille le décor industriel et glauque de cette région pour plonger le spectateur dans une histoire pesante en diable où les flics tabagiques et violents, ont des méthodes d’enquête qui sont archaïques.  A l’époque, le manque de moyens était criant et, rien que pour les tests ADN, il fallait passer par les États-Unis. A l’époque, cuisiner les suspects était une pratique courante et  Joon-Ho Bong ne nous épargne aucun détail de tels interrogatoires : ainsi le cérémonial des séances musclées menées par un sergent porté sur la boisson. Avant d’agir,  ce flic nerveux commence par placer des chaussons, semblables à ceux des hôpitaux , sur ses rangers… pour ne pas les salir avec d’éventuelles éclaboussures de sang du prévenu !

Pour camper les protagonistes de cette histoire glauque à souhait, le réalisateur a pu compter avec une distribution brillante. Outre Song Kang-Ho, une espèce de Maigret sur le retour, tabagique et au comportement ambigu, il y a des figures que l’on n’oublier pas de sitôt, tel Park No-shik qui campe Baek, le jeune attardé au visage brûlé. Entre autres…

Et puis, il y a une réalisation d’une maîtrise totale autant dans le scènes où la violence surgit que dans celles où les enquêteurs évoluent dans un paysage où la lumière est souvent crépusculaire et où la pluie est omniprésente, renforçant encore le sentiment de malaise chez les spectateur. Notamment dans celle où les flics surprennent un exhibitionniste en plein ébat.

Magistral, ce « thriller rural » comme le définissait son réalisateur, tient en haleine de bout en bout, multipliant les fausses pistes et faisant de l’incertitude un fil conducteur d’un polar mené de main de maître. Un polar à la modernité splendide.

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