LA JEUNE FILLE ET LA VUE

AVA, de Léa Mysius – 1h45

Avec Noée Abita, Laure Calamy

Sortie : mercredi 21 juin 2017

Je vote : 4 sur 5

 

Le pitch ?

Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l’océan quand elle apprend qu’elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite…

Pourquoi ce film est bouleversant ?

Une histoire magnifique sur l’émancipation d’une ado. A travers l’été pas comme les autres de Léa, Léa Mysius signe avec ce premier long métrage déroutant un beau portrait d’une adolescente qui découvre la sexualité dans ce contexte particulier car Léa va devenir aveugle à moyen terme. Et elle apprend la nouvelle au milieu de ses vacances au bord de la mer, avec sa mère et sa petite sœur. La scène de consultation chez le spécialiste, avec une ellipse habile, est d’une rare dignité et évite tout pathos.

Au fil du récit, Léa doit donc apprivoiser ce corps qui, si jeune, lui joue des tours. « Perdre la vue oblige Ava à être dans son corps. Devenir aveugle la contraint aussi à accepter d’avoir besoin des autres et à leur faire confiance. La construction de sa personnalité d’adulte et de sa sexualité est accélérée. » Outre le portrait de cette adolescente, il y a celui, en toile de fond, de sa mère, très bien campée par Laure Calamy, symbole de ces femmes qui élèvent seules des enfants, et ont du mal à vieillir et à ne pas considérer leur enfant comme une copine. Et qui peut lui couper les ailes d’une réplique vipérine (il faut aussi souligner la qualité des dialogues signés Léa Mysius et Paul Guilhaume).

Une jeune actrice bouleversante. On ne peut que tomber sous le charme de Noée Abita qui, à 18 ans, et est une vraie débutante, parvient, sans coup férir, à jouer une ado de 13 ans, mal à l’aise avec son corps et qui regarde celui des adultes bedonnants vautrés sur le sable d’une plage du Médoc avec un dégoût certain. Noée Abita note : « Comme le travail portait surtout sur le corps, on modelait le personnage par l’apparence plus que par les sentiments et c’était plus facile pour moi. J’ai eu l’impression de devenir quelqu’un d’autre, avec d’autres pensées, d’autres manières de réfléchir, de voir le monde différemment. » On retrouve chez cette comédienne le naturel d’une Adèles Exarchopoulos.

Une première réalisation que l’on remarque. Sans jamais s’apitoyer et avec une grande mobilité de la caméra, Léa Mysius signe une première réalisation empreinte de grâce. Sauf dans la scène du cauchemar (qui n’est pas très convaincante),  le film déroule son histoire avec légèreté. Et la réalisatrice utilise avec maestria le décor, notamment ce bunker paumé en bout de plage où les deux ados vont apprendre à se connaître avec, comme menace permanente, les silhouettes de la police municipale à cheval, récemment créée par une municipalité qui joue sur les sentiments de peur de ses concitoyens. La scène finale du mariage gitan au bord d’un cours d’eau agité en bord de quai livre quelques moments de grande poésie visuelle.

Pour un premier film, celui-ci est une petite réussite, oscillant entre le rêve, la réalité et une sexualité jamais vulgaire. Un vrai coup de cœur pour commencer l’été dans la bonne salle.

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