BOUDDHISTE MAIS EXTRÉMISTE

Sur les écrans le 7 juin, Le Vénérable W. est le nouveau documentaire de Barbet Schroeder. Le portrait d’un moine bouddhiste extrémisme en Birmanie.

Présenté en séance spéciale au dernier festival de Cannes, Le Vénérable W. est le portrait d’un homme pas banal. En Birmanie, le « Vénérable W. » Ashin Wirathu,  est un moine bouddhiste très influent. Le croiser, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l’islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent…

Après plusieurs documentaires marquants (Général Amin Dada, ou L’Avocat de la terreur, sur Jacques Verges), Barbet Schroeder décrit donc ce bouddhiste qui tente, depuis 2001, d’exterminer les 4 % de musulmans de Birmanie (qui feraient peur aux 90 % de bouddhistes).

Fasciné par le bouddhisme, qui est une religion athée, sans dieux, et qui permet le pessimisme, le cinéaste a, en  1961, à l’âge de 20 ans, fait  un long voyage sur les lieux historiques du Bouddha jusqu’au Sri Lanka. Il raconte : « L’idée de ce film a émergé après la relecture, il y a près de deux ans, de l’extraordinaire et incontournable « Bouddha historique », de Hans Wolfgang Schumann, suivi par hasard du Rapport de la Faculté de Droit de l’Université de Yale, qui suppliait très officiellement les Nations Unies d’intervenir en Birmanie. Le texte énumérait tous les signes d’un début de génocide à l’encontre de la minorité musulmane des Rohingyas et incriminait plus précisément un mouvement de moines extrémistes. J’ai voulu en savoir plus. Je suis donc parti sur place, dans la ville la plus bouddhiste du monde, Mandalay, qui compte plus de 300 000 moines pour 1 million d’habitants. »

Après avoir passé six mois à faire des recherches sur la question,  Schroeder  a pu rencontrer Wirathu et lui proposer l’idée du doc. Il poursuit : « Les “axes du mal” et les populismes n’ont pas de frontières… Je voulais comprendre comment ce genre de paroles provoquaient des passages à l’acte alors que ceux qui les prononçaient avaient souvent un discours de paix et d’harmonie. »

Côté bande-originale, le cinéaste a fait appel à  Jorge Arriagada, compositeur des musiques de L’Avocat de la terreur et La Vierge des tueurs. Ensemble, ils ont essayé, comme dans les fictions, de jouer sur des associations d’idées qui ne sont pas dites. Conclusion du réalisateur : « Par exemple, la musique souligne le lien qu’il peut y avoir entre l’enfant qui regarde les affiches effrayantes que Wirathu a placé devant ses bureaux, et l’enseignement qu’il donne à des foules d’enfants. Ou encore le souvenir d’un viol dont W. a été témoin à l’âge de 11 ans peut devenir ainsi à travers la musique, l’une des explications possibles de ses obsessions. Nous avons aussi employé à plusieurs reprises deux chansons joyeuses faisant partie de la propagande des mouvements extrémistes, et c’est seulement à la toute fin du film que nous en révélons les terribles paroles, en contraste total avec le Méta Sutta, l’un des chants récités les plus essentiels du bouddhisme Theravada dont la mélodie ou les paroles en langue Pali reviennent à plusieurs reprises dans le film. »

 

 

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