RITES ET VIOLENCES

LES INITIÉS, de John Trengove, 1h28

avec Nakhane Touré, Bongile Mantsai, Niza Jay Ncoyini

Sortie : mercredi 19 avril 2017

Je vote : 3 sur 5

Le pitch ?

Afrique du sud dans les montagnes du Cap Oriental. Comme tous les ans, Xolani, ouvrier solitaire, participe avec d’autres hommes de sa communauté aux cérémonies rituelles d’initiation d’une dizaine d’adolescents. L’un deux, venu de Johannesburg, découvre un secret précieusement gardé… Toute l’existence de Xolani menace alors de basculer.

Et alors ?

S’il signe ici son premier long métrage, John Trengove a déjà une solide expérience dans la pub, le théâtre, la série, le court… Avec Les Initiés, il choisit une voie originale en plongeant son scénario dans un cadre original et intrigant : l’uk waluka, un rite d’initiation traditionnel pratiqué par l’ethnie xhosa en Afrique du sud. A l’issue de ce rituel de circoncision, les initiés, de jeunes garçons, deviennent des hommes après avoir passé quelques jours isolés et encadrés par des hommes de leur communauté, les khankathas, qui leur prodiguent soins et conseils.

Commentaires du cinéaste : « Je trouvais intéressant de mettre en scène des groupes d’hommes qui se rassemblent et s’organisent à l’écart de la société et des codes de leur vie quotidienne. J’ai voulu montrer l’intensité des rapports affectifs et physiques qui peuvent s’y développer, et à quel point la répression de sentiments profonds peut avoir des conséquences malsaines ou violentes. Étant moi-même étranger à cette culture, il m’a semblé important d’aborder cette histoire du point de vue de personnages eux aussi marginaux, qui ont du mal à se conformer aux codes immuables de leur communauté. »

En mettant en scène des personnages marginaux et qui obéissent à des règles d’un monde très éloigné du sien, des membres aussi de la communauté noire, John Trengove, cinéaste blanc, parvient à n’exprimer aucun préjugé et à ne pas sombrer dans la caricature. Et il parvient à décrire cette violence sourde et permanente, le poids des traditions et la mise à l’index des penchants homosexuels, avec une grande douceur. On le mesure notamment dans les séquences autour de la cascade. Ce qui donne au récit une vraie puissance. Et ce, d’autant plus que l’interprétation est en tout point sensible et juste. Nakhane Touré qui campe Xolani, et qui est chanteur à l’origine, s’expose avec une grande force et joue avec une sincérité totale.

On peut déplorer ici ou là quelques longueurs, deviner l’issue de l’histoire avant son terme, il n’empêche, avec ce premier long métrage, où la caméra n’est jamais pesante (le rituel pur de la circoncision est filmé avec une rare pudeur), John Trengove a l’immense mérite d’ouvrir le débat sans apporter de réponses toutes faites et des jugements péremptoires.

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