L’AMOUR N’A PAS D’ÂGE…

PARIS LA BLANCHE, de Lidia Terki – 1h26

Avec Tassadit Mandi, Zahir Bouzerar, Karole Rocher

Sortie : mercredi 29 mars 2017

Je vote : 3 sur 5

Le pitch ?

Sans nouvelles de son mari parti travailler en France dans les années 1970, Rekia, quitte le village de Kabylie où elle vit. Elle traverse l’Algérie, la France et les banlieues parisiennes pour ramener Nour au village. Mais l’homme, qu’elle finit par retrouver dans un foyer d’anciens travailleurs immigrés a` la retraite, a changé. Son héros, l’ancien combattant des maquis, celui qui e´tait revenu au village pour la dernière fois il y a quatre ans, est devenu un étranger…

Ce qui touche dans ce film ?

En pensant à son père, récemment disparu, Lidia Terki a eu envie de passer derrière la caméra en tournant le scénario que  Colo Tavernier avait écrit dans les années 90, inspirée par les foyers Sonacotra qui abritaient tous ces hommes qui ne peuvent plus rentrer dans leur pays. Lidia Terki raconte : « Je venais de perdre mon père et, même si ces pages ne racontaient pas son histoire, cela m’a renvoyée à ses origines, et donc aux miennes. Algérien, né en Kabylie, sous la colonisation, mon père a épousé ma mère française à la fin des années 50. Elle a vécu en Algérie durant dix ans par amour. Je suis née là-bas. Nous sommes venus en France quand j’avais trois ans. Je suis sûrement le parfait produit de ce qu’on appelle une intégration réussie, celle de mon père, jusqu’à en oublier mes propres origines. Ma grand-mère kabyle, que j’ai peu connue, se prénommait Rekia, et c’est terrible car je l’ai appris très récemment ; alors j’ai donné son prénom au personnage principal du film. »

Il y a une infinie tendresse et pudeur dans le voyage de cette vieille amoureuse qui tente de retrouver son mari (malgré les réticences fortes de ses enfants) dans un Paris où une telle recherche ressemble à un jeu de piste. Ce qui donne l’occasion de belles séquences, notamment celles avec Steve qui lui permet de trouver un toit pour la nuit. Ce qui permet aussi à la cinéaste de montrer la réalité quotidienne de la vie des sans-papiers et des marchands de sommeil, même si tous ne sont pas des brutes épaisses.

Ce qui est plutôt inaccoutumée dans les films qui parlent de l’immigration, c’est la description d’une histoire d’amour qui n’a pas d’âge : celle qui unit Rekia et son mari, Nour, est profond, même si la vie les a séparés. « L’amour est assez rare dans les films qui traitent de l’immigration algérienne en France. Quand j’ai lu ces pages, cela a été évident pour moi qu’il fallait que je développe et m’approprie cette histoire. On ne parlait pas encore autant des Syriens. Les arrivées en Italie commençaient à peine. Je me suis dit : « C’est la même histoire qui se répète ». J’ai toujours voulu faire un film qui englobe toutes les immigrations. » Et la séquence où Nour invite sa femme dans un petit restaurant, alors qu’elle vient de le retrouver, ou celle de leur nuit sur le matelas posé à même le sol est d’une grande tendresse.

Certes, le film traîne parfois en longueur, mais sur une trame somme toute ténue, Lidia Terki parvient à nous émouvoir sans masquer la réalité de la vie de ces « Chibanis » (cheveux blancs en arabe dialectal), ceux de la première génération d’immigrés d’après-guerre du Maghreb. Et puis, il y a le jeu impeccable des deux acteurs qui portent le film et, en premier lieu, Tassadit Mandi (Dheepan, ou encore Asphalte), dont le sourire et le regard bienveillant nourrissent le récit de bout en bout. Ce récit bourré de tendresse mérite alors que l’on s’arrête sur ces images qui ont le charme des vieilles photos de famille un brin surannées.

 

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