AU LIBAN : UN AVEUGLE CHERCHANT SES ORIGINES

TRAMONTANE, de Vatche Boulghourjian – 1h45

avec Barakat Jabbour, Julia Kassar, Michel Adabashi

Sortie : mercredi 1er mars 2017

Je vote : 3 sur 5

Le pitch ?

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Rabih, un jeune chanteur aveugle, est invité avec sa chorale à se produire en Europe. Lors des formalités pour obtenir son passeport, il découvre qu’il n’est pas le fils biologique de ses parents. Un mensonge qui l’entraîne dans une quête à travers le Liban, à la recherche de son identité. Son périple dresse aussi le portrait d’un pays meurtri par les conflits, incapable de relater sa propre histoire.

Et alors ?

Vatche Boulghourjian a passé sa vie au Liban, un pays qui lui tient à cœur et auquel il voulait ainsi rendre hommage. Il souligne : « Ce film est le fruit de ma vie au Liban, de ma sensibilité à Ases réalités quotidiennes et de mon intérêt et de mon amour profonds pour son peuple et sa culture ». Tourné dans des villages isolés du Liban, ce film est alors l’occasion de nous faire découvrir un pays qui sorte des sentiers battus.

Il permet aussi de revisiter l’histoire tragique récente d’un pays marqué à jamais par une guerre civile qui déchira le pays entre 1975 et 1990 et dont il porte encore aujourd’hui les traces. Ainsi, on mesure bien comment chaque famille conserve des secrets enfouis ou a encore du mal à cicatriser les blessures nées de ces années folles et sanglantes. Vatche Boulghourjian le reconnaît quand il souligne : « L’accumulation de récits différents pour expliquer un même événement a créé une véritable crise de la mémoire collective au Liban. Cette crise a fragmenté le pays et exacerbé une situation déjà très instable, où même les faits les plus élémentaires sont sujets à conflits »A travers la recherche de ses origines par  un chanteur aveugle – un désir né de la banale demande d’un passeport pour pouvoir donner un concert à l’étranger –  Vatche Boulghourjian montre aussi symboliquement que Rabih – Barakat Jabbour est un véritable artiste dans la vie – est un handicapé parmi bien d’autres dans un Liban où beaucoup préfèrent fermer les yeux sur un passé récent pour tenter de reprendre pied dans la vie. Bien des personnages sont incapables alors de prendre le recul nécessaire, de faire la plus petite introspection pour surmonter les traumatismes.

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L’autre élément important et réussi du film, c’est la musique qui accompagne le récit de bout en bout et offre les rares séquences où tout le monde oublie ce lourd passé. Elle est l’œuvre de la compositrice Zynthia Raven qui raconte : « La musique a été la plus grande forme d’expression dans le monde arabe durant plusieurs siècles et occupe toujours une place centrale dans cette culture. Elle est aussi l’un des rares vecteurs qui peut recréer des liens dans des régions déchirées. Le Liban a été totalement fracturé par les conflits et, ce qui peut encore nous rassembler, est le partage de cet héritage commun ».

Une certaine lenteur du film, la méconnaissance de l’histoire libanaise aussi, peut parfois dérouter le spectateur. Il se dégage pourtant de ce film une portée plus universelle et un message qui ne peut que toucher aussi un public curieux et plus large.

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