AU CŒUR DES PRISONS ISRAÉLIENNES

3000 NUITS, de Mai Masri – 1h43

Avec Maisa Abd Elhadi, Nadera Omran, Raida Adon

Sortie : mercredi 4 janvier 2017

Je vote : 4 sur 5

Le pitch ?

Années 80, à la veille des évènements de Sabra et Chatila. la révolte gronde dans une prison israélienne, où sont détenues des prisonnières politiques palestiniennes. Layal, une jeune institutrice de Naplouse, vient d’arriver, condamnée à huit ans de prison pour un attentat dans lequel elle n’est pas impliquée.

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Elle partage la cellule d’israéliennes condamnées pour droits communs et s’habitue progressivement à l’univers carcéral. Mais Layal découvre qu’elle est enceinte. Envers et contre tous, elle décide de garder l’enfant.

2 raisons d’aller voir ce film ?

La plongée dans l’univers carcéral en Israël. « Ce qui m’a inspirée pour le lm 3000 nuits, c’est la vie d’une palestinienne que j’ai rencontrée, qui était détenue dans une prison israélienne au moment où elle a mis au monde un garçon. J’ai trouvé son histoire profondément humaine et touchante et j‘ai décidé de rencontrer d’autres mères qui ont accouché en prison. Comme je venais moi aussi de devenir mère, leurs histoires ont touché une corde sensible. J’ai découvert un univers fascinant et une histoire qu’il fallait raconter » raconte la réalisatrice palestinienne Mai Masri. Elle nous « offre » une saisissante immersion dans le système carcéral israélien où un système de hiérarchie existe comme dans les prisons françaises mais où le conflit israélo-palestinien y prend une résonance particulière, extrêmement bien retranscrit ici.

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Ce film n’avait pas besoin de la décision du maire d’Argenteuil en avril dernier – il a interdit sa diffusion ainsi que celle de La Sociologue et l’Ourson – pour qu’on ait envie de parler de lui, tant le scénario est fort et la mise en scène habile à nous faire ressentir les émotions des captives. Ken Loach a notamment soutenu sa consœur : « Quand j’ai entendu parler de cette censure cela a été un triste contraste. J’espère que tous ceux qui croient en la liberté d’expression vont demander la programmation de ce film, s’il vous plaît, voyez ce film, voyez-le maintenant ! »

Aussi à l’aise dans les séquences plus intimes – celles où les autres détenues accueillent le nouveau né – comme celle de l’assaut par les forces de l’ordre de la partie de la taule où les prisonnières se barricadent en signe de révolte, Mai Masri signe une œuvre aussi forte qu’échappant à tout sentimentalisme ou tout sensationnalisme. Rien qu’avec les détenues distrayant l’enfant en faisant des ombres chinoises sur le mur de la cellule, elle parvient à des instants de vraie poésie.

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Un casting étonnant. La distribution du film est d’une rare justesse avec, en son centre, Maisa Abd Elhadi qui joue cette institutrice, emprisonnée malgré son innocence, et qui décide de devenir mère derrière les barreaux alors que son mari prend le chemin de l’exil, la laissant seule se débrouiller pour survivre. Repérée déjà dans Le temps qu’il reste, de Elia Suleiman, la comédienne peut changer de registre en un tour de main et nous émeut de bout en bout. Mêlant la comédienne à d’autres actrices connues au Moyen-Orient mais aussi à des amateurs, la réalisatrice est parvenue à un équilibre assez miraculeux. Evoquant ledit casting, Mai Masri ajoute : « Le casting était principalement constitué de femmes, dont certaines sont des actrices célèbres de Palestine et de Jordanie (Maisa Abd Elhadi, Nadera Omran (…) alors que d’autres étaient des non professionnelles dont c’était la première expérience devant la caméra (Khitam Edelbi, Laura Hawa, Ezabel Ramadan (…). la plupart de mes actrices et des membres de mon équipe ont fait de la prison ou ont eu un membre de leur famille en prison (près de 20% des palestiniens ont été détenus dans des prisons israéliennes à un moment ou à un autre). Je souhaitais que leurs expériences personnelles nourrissent leurs jeux. »

Le pari est réussi et ce film audacieux est une belle manière de commencer l’année au cinéma.

 

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