L’ODYSSÉE DE DÉFRICHEURS DU CINÉMA

le-cinema-de-starfixIls avaient une vingtaine d’années en 1983. Ils étaient passionnés par le cinéma. Tout le cinéma. En participant à l’aventure du magazine Starfix, ces cinéphiles d’un nouveau genre ont remué  le cocotier de la critique cinématographie. Le Cinéma de Starfix – Souvenirs du futur (*) est un  beau livre retraçant cette aventure.

Ouvrage collectif, Le Cinéma de Starfix retrace toute une époque. A l’orée des années 80, des signatures comme Christophe Gans et Doug Headline, les créateurs du titre, mais aussi Nicolas Boukhrief, François Cognard décidèrent de traiter un cinéma qui les touchait comme il touchait un large public. Dédié au cinéma et à la vidéo de l’aventure, du fantastique et de la science-fiction, Starfix allait faire souffler un vent nouveau sur le petit monde la critique cinématographique un brin compassée.

Traitant aussi bien les films d’auteur, que les productions hollywoodiennes, le cinéma asiatique que des cinéastes marginaux, le magazine allait, vite, suivre des artistes comme David Cronenberg, Dario Argento, John Carpenter, Brian De Palma,  Paul Verhoeven, Tim Burton, Lars Von Triers… Jusqu’à sa disparition en 1999, ce journal alternatif indépendant a marqué bien des amoureux du cinéma. Devenu aujourd’hui cinéaste (Le Convoyeur), Nicolas Boukhrief déclarait récemment : « C‘était le dernier représentant de cette presse pop culture indépendante née dans les années 70, de Best à Métal Hurlant. On s’est plantés sur plein de trucs, nous n’étions pas parfaits, mais nos textes étaient gavés jusqu’à la gueule d’infos et d’analyses, on préférait les passer en corps 6 plutôt que d’avoir à les couper. »La bonne idée du présent volume est d’avoir reformé le collectif pour restituer l’esprit de toute une époque. Comme en atteste le livre, la maquette du magazine est d’une belle modernité, marquée par l’influence de la bande dessinée et le ton est résolument décalé et personnel. On y parlait aussi bien des petits Stallone napolitaines que l’on y révélait les coulisses de la présentation du Tess, de Polanski se moquant des journalistes venus surtout déguster des petits le_cinema_de_starfixfours et jouant les utilités.

On ressent à relire l’histoire de ce magazine que l’équipe formait une vraie famille qui pouvait passer des heures à refaire, sinon le monde, du moins le cinéma. Dans la préface savoureuse, Mathieu Kassovitz évoque, avec son éternel franc-parler, le cinéma qui lui parle et revient sur ses années Starfix où il attendait avec impatience les séances du dimanche matin au cinéma « L’Escurial », à Paris. Il souligne : « Lors de ces dimanches matin avec Starfix et dans des festivals, j’ai vu tout le cinéma qui m’a fait devenir le réalisateur que je suis. Mon cerveau s’est façonné autour de Scott, Spielberg, Coppola, Friedkin, Tsui Hark, Lucas, Romero, Landis, Dante, Argento, Hooper, Weir, Cronenberg, Miller et tant d’autres aujourd’hui oubliés. Ils ont hanté et illuminé mes nuits avec des œuvres qui restent aujourd’hui des références dans leur genre. J’ai appris à aimer les nanars, à respecter le manque de talent, à admirer les petits budgets. J’ai découvert la passion du cinéma pendant ces dix années magiques qui sentaient la colle à maquette et le celluloïd de la pellicule, le sang de bœuf par seaux entiers et le latex des bladders, le go motion et le matte painting. Époque révolue où le business n’avait pas encore pris le contrôle sur le show et où le concept de blockbuster commençait tout juste de naître. »

Grâce à ce livre, on revit ce qui fut une très belle aventure collective de mordus d’un cinéma populaire mais aussi de belle qualité. Et qui figure aujourd’hui dans toutes les anthologies du genre.

(*) Ed. Hors Collection

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