PAROLES DE BANLIEUE

SWAGGER, d’Olivier Babinet – 1h24

Documentaire avec Aïssatou Dia, MariyamaDiallo, Abou Fofana

Sortie : mercredi 16 novembre 2016

Je vote : 3 sur 5

swagger-photo-2-%e2%88%8f-faro-kidam-mathematic-carnibirdLe pitch ?

Swagger nous transporte dans la tête de onze enfants et adolescents aux personnalités surprenantes, qui grandissent au cœur des cités les plus défavorisées de France. Le film nous montre le monde à travers leurs regards singuliers et inattendus, leurs réflexions drôles et percutantes. En déployant une mosaïque de swagger-photo-1-%e2%88%8f-ronan-merotrencontres et en mélangeant les genres, jusqu’à la comédie musicale et la science-fiction, Swagger donne vie aux propos et aux fantasmes de ces enfants d’Aulnay et de Sevran. Car, malgré les difficultés de leur vie, ils ont des rêves et de l’ambition.

Ce qui touche dans le film ?

Après Robert Mitchum est mort, Olivier Babinet porte un regard sur la banlieue après avoir animé un atelier  de cinéma dans un collège d’une classe de 4ème d’Aulnay. Il raconte : « J’ai travaillé avec ces élèves sur le fantastique au quotidien, je leur demandais de raconter leur swagger-photo-8-%e2%88%8f-faro-kidam-mathematic-carnibirdtrajet le matin puis des rêves et des cauchemars. Nous avons mélangé le tout pour faire une série de petits films. De fil en aiguille, l’année suivante, on m’a proposé de séjourner au collège un jour par semaine, dans le cadre du dispositif de résidence d’artiste In Situ, via le Conseil Général de Seine-Saint-Denis. In Situ demande, en langage institutionnel, à l’artiste de « rayonner », c’est-à-dire de tenter d’avoir un rôle auprès de l’ensemble du collège. Afin de « rayonner » j’ai donc, le jour de mon arrivée, détourné les sonneries du collège, les remplaçant par des morceaux de musique de Bernard Herrmann, Cypress Hill, Tyler The Creator, des sons de Game Boy, Michel Legrand… Passé l’effet de surprise, les élèves se sont mis à danser dans les classes, dans les couloirs, dans la cour. Cela a rendu la rentrée légèrement surréaliste et permis à l’ensemble des élèves du collège de m’identifier. »

Au fur et à mesure, il a eu l’idée de donner la parole à une dizaine de gamins de banlieue mais d’une façon originale car, outre les témoignages des kids, il glisse des bouts de comédie musicale à ces portraits et même une incursion dans la science-fiction, ce qui confère à son doc une originalité certaine.SwaggersLe tout sans jamais porter sur cette banlieue le moindre regard condescendant. Car il traduit joliment en images les rêves de ces enfants qui s’expriment souvent par des réflexions qui sonnent juste. Et il est parvenu à la belle spontanéité de ces réponses en ne soumettant jamais ses questions au préalable. Olivier Babinet ajoute : « Je ne les avais pas prévenus à l’avance des questions que je leur poserais et c’était les mêmes questions pour tous. Les enfants acceptaient donc de figurer dans le film sans savoir à l’avance ce qui les attendait. Je voulais recueillir leur parole brute sans aucun artifice. »

Évidemment, la réussite du documentaire repose sur un casting réussi. Et là, Olivier Babinet a eu la main heureuse. Le cinéaste ajoute : « Tous ceux qui voulaient participer ont trouvé leur place dans le film. Et parmi tous ceux-là, beaucoup ne voulaient pas jouer le jeu des entretiens. On a passé des semaines à venir et revenir avec Maud Mathery, ma première assistante, les swagger-photo-20-%e2%88%8f-faro-kidam-mathematic-carnibirdchargés de productions, les stagiaires, pour relancer les enfants, récupérer les autorisations parentales… de parents qui souvent ne parlent pas français, n’écrivent pas… Un boulot énorme mais joyeux, passionnant. Dans un deuxième temps, j’ai rencontré les familles de mes personnages principaux, on est rentré dans les cités… Toujours grâce aux enfants. »

Et, chez les môme, certains ont un naturel stupéfiant comme Régis N’Kissi, un étonnant amoureux de la mode. Et qui promène son look improbable et son bagou au cœur du décor misérable d’une banlieue délaissée. Il lance entre autres : « Je suis pas Beyoncé. Mais, je suis apprécié des gens, on va dire ça comme ça !  » A travers leurs propos, on mesure aussi, sans aucun grand discours, certaines fractures qui sont de plus en plus visibles en France. Et puis, l’humour est au rendez-vous de cette promenade en banlieue et on se souvient longtemps après la fin du générique de la petite Naïla Hanafi et de sa tirage anti-Mickey. Entre autres.

En portant un regard ludique mais concerné sur la banlieue, Olivier Babinet traduit joliment les fantasmes d’une génération soit oubliée au cinéma, soit réduite à la caricature.

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