L’IRAN EN QUÊTE DE LIBERTÉ

Salesman

LE CLIENT, d’Asghar Faradhi – 2h03

Avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi

Sortie : mercredi 9 novembre 2011

Je vote : 4 sur 5

Le pitch ?

Contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d’importants travaux menaçant l’immeuble, Emad et Rana emménagent dans un nouveau logement. Un incident en rapport avec l’ancienne locataire va bouleverser la vie du jeune couple.

Pourquoi ce film est une « claque » ?

Une description de la société iranienne critique sans être caricaturale. L’idée du scénario , qui trottait dans la tête d’Asghar Faradhi depuis longtemps, et une des vraies astuces du scénario – ce film a reçu le prix mérité de la catégorie au dernier Festival de Cannes – c’est d’avoir, en contrepoint des évènements durs vécus par le couple, cette plongée dans le quotidien d’une troupe de théâtre. Et de décrire le quotidien d’acteurs qui ont un autre métier à assurer dans la journée avant de jouer le soir Mort d’un commis voyageur, d’Arthur Miller.

Ainsi, le spectateur découvre le quotidien des iraniens et d’une certaine bourgeoisie d’une autre manière. Ainsi quand Emad, épuisé de fatigue dort pendant un cours et que ses élèves s’amusent  le filmer en se moquant de lui alors qu’il leur montre un film pour nourrir son cours.

SalesmanAu demeurant, la pièce originale est une critique d’un moment de la société américaine marquée par la paupérisation d’une catégorie sociale, suite au  processus de modernisation rapide du pays. « A ce titre, la pièce a une très forte résonance avec la situation actuelle de mon pays. Les choses évoluent très vite et ceux qui ne peuvent pas s’adapter à cette course effrénée sont sacrifiés », dit Asghar Faradhi. A travers la traque mené par Emad, il y a aussi une évocation du désir d’une vengeance brutale, conséquence d’une société où tous les coups sont permis. Comme il montre bien les névroses d’une population confrontée aux diktats moraux des allumés de la religion.

L’histoire forte d’un couple.  De fait, s’il y a critique sociale, elle passe par les incidents traversés par ce couple, issu de la moyenne bourgeoisie. Et, même s’ils sont des artistes, ils réagissent comme tout un chacun face aux incidents de la vie. Mais, à la différence de La Séparation où la crise menait au divorce, le couple fait, cette fois-ci, front même si la blessure subie semble difficilement réparable. « Sur scène, Emad et Rana jouent les rôles du vendeur et de son épouse. Et dans leur propre vie, sans s’en rendre compte, ils vont être confrontés à un vendeur et à sa famille et devront décider du sort de cet homme », note le réalisateur.

Pour camper de tels personnages, il fallait des acteurs d’une grande sensibilité et aussi bien Shahab Hosseini que Taraneh Alidoosti, deux acteurs familiers de l’univers du cinéaste, jouent à l’unisson. La prestation de Shahab Hosseini, passant de l’abattement le plus net à une violence soudaine, lui a valu le Prix d’interprétation masculine à Cannes. Il aurait même pu le partager avec sa partenaire tant elle sait aussi jouer sur plusieurs ressorts sensibles.

Salesman

Dans un décor de Téhéran, qui ressemble à un vaste chantier où la poussière des voitures le dispute à une saleté ambiante, dans une sorte d’anarchie quotidienne, Asghar Faradhi signe un film dont la longueur n’est jamais pesante grâce à une mise en scène élégante et rythmée. Un régal pour les yeux  (notamment dans les séquences au théâtre ou dans celles où la pluie crépitent sur la ville) et l’esprit.

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