MARSEILLE : LES ENFANTS DE LA CRISE

CHOUF, de Karim Dridri – 1h48

Avec Sofiane Khammes, Foued Nabba, Oussama Abdul Aal

Sortie : mercredi 5 octobre 2016

Je vote : 4 sur 5

Le pitch ?

Chouf, ça veut dire « regarde » en arabe. C’est le nom des guetteurs des réseaux de drogue de Marseille. Sofiane, 24 ans, brillant étudiant, intègre le business de son quartier après le meurtre de son frère, un caïd local. Pour retrouver les assassins, Sofiane est prêt à tout. Il abandonne famille, études et gravit rapidement les échelons. Aspiré par une violence qui le dépasse, Sofiane découvre la vérité et doit faire des choix.

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3 raisons d’y aller ?

La fin de la trilogie marseillaise. Avec ce film âpre – il est interdit au moins de 12 ans – Karim Dridri met un terme à une série de films avec Marseille comme décor après Bye-Bye en 1995 et Khamsa, douze ans après. Commentaires du réalisateur : « Je suis méditerranéen, j’aime le soleil. Pour Chouf,  j’ai naturellement pensé à la tragédie antique. Il y a un côté hellénique et grandiose dans les décors, afin que les rebondissements puissants de la tragédie antique puissent s’accomplir. Le décor du film ne pouvait pas se situer uniquement au coeur du béton des quartiers. »

Pour nourrir son scénario, le cinéaste s’est installé à Marseille pour ressentir le cœur de la ville, mesurer de visu l’ampleur des tensions sociales et comprendre la vie de ces jeunes dans ses territoires où le droit semble de l’histoire ancienne.

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Une mise en scène inspirée. Dès le début, avec les plans des nuques de personnages qui regardent du haut leur quartier avec vue sur la Méditerranée et la misère, Dridri sait cueillir son monde. Et il tient le spectateur en haleine jusqu’à 305467l’image finale. « Ces quartiers-là, dit-il, sont un peu l’antichambre de la prison, des endroits où s’entassent des milliers de personnes, un vivier de la criminalité logique puisque c’est un condensé de misère et d’injustice intolérables. » Il montre ainsi, sans appuyer ses traits, comment il est banal de faire des cartons à la kalachnikov sur des enseignes alors que des familles se promènent à leur pied.

Un casting réussi. Il a fallu du temps au cinéaste pour dénicher ces figures qui collent à un tel décor et offrent une composition d’un grand réalisme. Le cinéaste  a déniché ces acteurs non professionnels après avoir animé des ateliers de comédie avec les jeunes dans les quartiers. Pour autant, il a voulu faire une vraie fiction et ne s’est rien interdit  : « Pour le rôle de Sofiane, le héros, j’ai vu 1000 gars, mais il est finalement incarné par un jeune d’origine marseillaise, comédien du Conservatoire, Sofian Khammes. Cela dit, il ne s’agissait pas d’aller vers un film naturaliste où on montre des gens de quartiers pour ce qu’ils sont. L’idée, c’était de les amener ailleurs, dans la planète cinéma, dans un film. Sinon j’aurais fait un documentaire. »

A l’arrivée, Chouf, une tragédie avec le soleil pour témoin, est un film coup de poing qui en dit long sur l’état des banlieues, de véritables poudrières à Marseille comme ailleurs.

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