LA « COLONIE » DE LA DICTATURE DE PINOCHET

COLONIA, de Florian Gallenberger – 2 heures

Avec EmmaWatson, Daniel Brühl, Michael Nyqvist

Sortie : mercredi 20 juillet 2016

Je vote : 3 sur 5

 

108369Le pitch

Chili, 1973. Le Général Pinochet s’empare du pouvoir par la force. Les opposants au coup d’Etat descendent dans la rue. Parmi les manifestants, un jeune couple, Daniel photographe et son ami Lena. Daniel est arrêté par la nouvelle police politique. Il est conduit dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d’une secte dirigée par un ancien nazi. Une prison dont personne n’est jamais sorti. Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad.

Y aller ?

Avec ce thriller politique, le cinéaste allemand Florian Gallenberger traite une des pages noires de l’histoire du Chili : le coup d’état du dictateur Pinochet qui a mis l’opposition au pas et fait pratiquer la torture sans états d’âme. Il le fait en évoquant cette fameuse Colonie. Dignidad est 325612une colonie agricole fondée en 1961 au Chili par des allemands dont Paul Schäfer, un ancien nazi pédophile. Cette colonie est venue en aide à la dictature du général Pinochet en y enfermant et torturant des opposants politiques et elle sévira jusqu’à la fin de la dictature en 1991. Quant à Paul Schäfer, il parviendra à échapper à la justice jusqu’à son arrestation en 2005 en Argentine : « Le phénomène unique de la Colonia Dignidad – l’infâme secte allemande de Paul Schäfer au Chili – n’a cessé de m’intéresser depuis que j’en ai entendu parler il y a trente ans. Très vite, j’ai ressenti une certaine fureur et une colère sur l’injustice faite à ces personnes innocentes qui étaient gardées captives dans la Colonie à leur insu. Aujourd’hui encore, j’ai toujours cette forte volonté de révéler au grand jour les incroyables injustices qui furent trop longtemps cachées par les Allemands aux autorités chiliennes », note le cinéaste.

Le film ne cache rien – et certaines scènes sont proches de l’insoutenable – des tortures pratiquées par les sbires de la dictature. Il est vrai, le cinéaste a fait une vraie enquête pour 112588nourrir son scénario. Explications : « J’ai vu les souterrains, les endroits où les prisonniers politiques étaient torturés, j’ai été là où leur corps ont été brûlés à la hâte. Je me suis rendu dans les cabines de douches secrètes de Paul Schäfer, là où la chorale devait chanter pendant qu’il faisait subir des sévices sexuels aux jeunes garçons. J’ai marché dans les couloirs tristement célèbres de l’hôpital, me suis assis dans le bunker de Schäfer, ai tenu son fusil et regardé les informations sur sa télévision. J’ai parlé aux victimes qui ont été torturées – des membres de la secte aussi bien que des prisonniers politiques. J’ai écouté ce qu’ils ont vécu, comment Schäfer détruisait psychologiquement ses disciples. J’ai regardé de vieux hommes pleurer de ce qu’ils avaient fait à leurs propres enfants. »

Plus connue pour son rôle dans la saga Harry Potter, Emma Watson n’a pas hésité à s’engager sur le projet car, très impliquée sur le droit des femmes et le féminisme, elle joue cette femme forte et déterminée, prête à prendre tous les risques pour sauver la vie de son compagnon, campé par Daniel Brühl  qui retrouve le réalisateur pour la troisième fois après Honolulu en 2001, et John Rabe en 2008.

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Fort bien joué, le film a le mérite de dénoncer – certaines séquences sont d’une violence insoutenable – les pratiques inavouables des sbires de la dictature. Michael Nyqvist, notamment, fait une composition surprenante d’un salaud parfait, prêt à tout pour faire revivre « son » ordre (photo ci-dessous) . Les limites du film, c’est le parti pris romanesque, l’idylle entre les deux personnages principaux en toile de fond, mais il a le mérite de permettre au grand public de découvrir cette page si sombre de l’histoire du Chili. Un récit efficace et prenant, tourné aussi bien en Amérique du Sud qu’en Allemagne et au Luxembourg.

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