HÉ, RICHARD !

1540-1Quinze rounds, c’est le nouveau parcours autobiographique de Richard Bohringer (*).  Sur les routes de sa vie, l’acteur se dévoile sans coquetterie avec une écriture élégante et nerveuse. Un témoignage très touchant d’un homme qui a toujours vécu en équilibriste.

On connaissait l’auteur Bohringer, celui qui célébrait l’ombre citadine dans C’est beau une ville la nuit ou signait  d’une plume vibrante L’Ultime conviction du désir. Rescapé d’une sale maladie, en rémission d’un crabe, Bohringer se raconte en Quinze rounds en espérant que le dernier ne le rattrape pas trop tôt. L’exercice aurait pu être larmoyant, ou anecdotique : il est fort, poignant et reste d’une grande pudeur. Il prévient au passage : « Je vous écris comme un humain, juste un humaine. Plus petit que grand. »

Car l’homme ne cache pas ses dérives alcooliques ou son immersion dans les paradis artificiels sans rien taire ou presque. En décrivant les shoots dans des chiottes cradingues sans jouer les poètes maudits. Ces fuites étaient une manière de lutter avec les démons qui remontent à l’enfance. Très vite, il écrit : « Je suis mort deux fois. Deux fois mes potes m’ont jeté dans la cour de l’hôpital. Ils avaient appuyé sur le bouton « Urgences ». Ils s’étaient barrés en courant. Sans vous, j’étais cuite. J’aurais plus rien vu de la nuit. » De même, raconte t-il sans détour comment ses dérives et son instabilité lui ont coûté cher dans le métier. Autant de séquences qui sont les meilleures mises en garde contre toutes les addictions.

Mais, il y a bien d’autres choses dans ce texte. Notamment des portraits de frères d’armes et de larmes dont certains sont déjà passés de l’autre côté. Bernard Giraudeau par exemple dont il dit : « C’est grâce à Bernard Giraudeau que j’ai vécu une de mes plus grands émotions. Je suis d’un naturel mystique et le Sénégal m’a fait pédaler dans son ciel. « Les Caprices d’un fleuve » est aussi un des plus beaux films auxquels j’ai participé. »

bohringerPlus avant, il évoque Roland Blanche, avec lequel il partagea la scène, et François Léotard, deux autres écorchés de l’existence. Sur le tournage d’Ada dans la jungle, Léotard se confondait avec l’Afrique, ce continent qui a tant fasciné Bohringer qui ne peut plus y aller aujourd’hui, santé oblige. Il poursuit évoquant ce « poète gigantesque » : « Découvrir l’Afrique noire avec Philippe Léotard, quel panard ! Comme un poisson dans l’eau, Philippe. Chez lui. Il disparaissait des nuits entières. »

Enfin, il est beaucoup question d’amour dans ces pages, des femmes qui ont façonné l’homme Bohringer. Même talonné par la maladie, même à l’automne de la vie, Bohringer continue de vivre à plein poumons. « Ma vie fut multicolore, multicoque. J’ai coulé corps et âme mille fois. J’ai raclé le fond. Je l’ai peint de mon sang, mais grâce au cinéma, à certains rôles, je suis remonté souvent. Cette fois-ci, c’est le dernier round. Le plus dur. J’ai trop voyagé ailleurs, j’ai trop vécu. Je n’ai pas pu rester sage. Il fallait que je vive pour dégueuler l’acteur. Ce métier ne pouvait calmer ma fureur de mourir. Il exacerbait mes cauchemars. partir en vrille pour disparaître. »

C’est beau un mec qui vit et qui l’écrit avec un style qui ressemble, dans ses rythmes syncopés, à une partition de ce jazz que Bohringer aime tant..

(*) Ed. Flammarion

Son témoignage sur France 2, en cliquant sur ce lien.

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