UN BOURREAU AU VISAGE HUMAIN

APPRENTICE, de Boo Junfeng – 1h36

avec Fir Rahman, Wan Hanafi Su, Mastura Ahmad

Sortie : mercredi 1er juin 2016

Je vote : 3 sur 5

  • 222352Quezako ?

Aiman officie dans une prison de haute sécurité. Rahim, le bourreau en chef, y accompagne les derniers jours des condamnés. Rapidement, il prend le jeune gardien sous son aile et lui apprend les ficelles du métier. Aiman s’avère être un exécutant très appliqué, mais sa conscience et ses véritables motivations le rattrapent peu à peu…

Et alors ?

Entraînant le spectateur dans une prison de haute sécurité à Singapour  – une cité-état sous surveillance où la peine de mort est encore appliquée, notamment pour le trafic de drogue, y compris la possession de quelques grammes de cannabis – Boo Junfeng, à peine 32 ans, décrit ici l’apprentissage d’un jeune bourreau. Il souligne pourquoi il a choisi de se placer du côté de cet homme : « Si j’avais pris un condamné à mort, le film aurait été trop partisan et le public l’aurait senti. Le personnage d’Aiman (Fir Rahman), le jeune apprenti bourreau, plus neutre, suscite plus facilement l’empathie. Les spectateurs peuvent ensuite aborder le sujet en se posant les bonnes questions. »

C’est ce choix d’un regard décalé, du côté de celui qui officie à la pendaison, le tout filmé avec une grande froideur, une forme de réalisme cruel, qui donne toute sa force à ce film parfois glacial car, justement, il n’y a jamais d’effets surlignés, de musiques envahissantes. « Simplement », la caméra se contente de suivre l’apprentissage d’un jeune bourreau.Pour nourrir son scénario, le réalisateur a joué les reporters pour croiser le chemin de bourreau sorti de charge. Boo Junfeng raconte : « J’ai découvert un grand-père aimable et drôle, je l’ai tellement apprécié que ça m’a dérangé au point de ne plus pouvoir écrire une ligne de scénario pendant trois mois. Il était pragmatique : il s’agissait juste d’un travail à accomplir. »

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L’autre astuce de ce récit – au demeurant joué avec beaucoup de justesse par le trio d’acteurs –  c’est de filmer un personnage tiraillé par ses contradictions. Marqué par un père meurtrier, il symbolise d’abord une forme de rédemption en passant du côté de  la loi. Mais, d’un autre côté, comme il a échappé à la délinquance de sa jeunesse, Aiman est aussi l’archétype d’une réhabilitation réussie. Si l’on peut parler de réhabilitation avec un tel « métier ».

La froideur de cette présentation – y compris par l’irruption discrète et silencieuse des familles des condamnés – est une charge contre la peine de mort plus forte que bien de longs discours, même si le film n’évite pas toujours le piège de certaines redites. En tout cas, personne ne peut en sortir indifférent.

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