UN GRAND CRU POUR ALMODOVAR

JULIETA, de Pedro Almodóvar – 1h39

Avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao

Sortie : mercredi 18 mai 2016

Je vote :   4 sur 5

551718Quezako ?

Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement quand elle croise Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía. Soudain, elle décide de changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis une dizaine d’années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours. Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

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Et alors ?

Pedro Almodóvar retrouve ici l’univers féminin en filmant une femme en plein doute et rongée par le sentiment de culpabilité. Julieta est une femme qui est poussée à écrire sa propre histoire pour tenter de surmonter ce drame qui la hante. Almodóvar 551249souligne : « Les mots de Julieta sont dédiés au culte de sa fille, elle entretient sa mémoire presque religieusement. Si j’avais fait ce film dans les années 1980, Julieta aurait construit un véritable autel pour sa fille comme Carmen Maura dans « La Loi du désir. » Cette fois, il a fait un remarquable travail d’écriture en adaptant trois nouvelles de la Canadienne Alice Munro, qui fut prix Nobel de littérature en 2013,

Jouant avec une maîtrise totale sur les retours en arrière, les passages d’un lieu à l’autre, le film nous fait vivre toutes les blessures de cette femme qui tente de rester debout, de se montrer digne malgré le chagrin qui la ronge. Cinématographiquement, le réalisateur espagnol offre ici un grand cru de son univers avec un opus maîtrisé de bout en bout, en utilisant magnifiquement les scènes de train, un lieu où, comme le souligne le cinéaste, « Julieta entre en contact avec les deux pôles de l’existence : la mort et la vie. » Il ajoute : « Les trains mes fascinent, qu’il s’agisse des jouets ou de deux que l’on voit dans les films. J’avais toujours rêvé de tourner dans un vrai train. De tous les moyens de transport formant l’iconographie cinématographique (en plus des diligences et des chevaux, qui ont leur propre genre, le western), le train est mon préféré. »

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Jouant aussi bien sur l’opposition des décors – entre l’appartement d’une blancheur de clinique de la mère solitaire, à celui au décor suranné de la jeunesse de sa fille  – Almodóvar sait filmer les femmes dans tous leurs états et tous leurs ébats sans jamais  le moindre racolage. Tout comme, il sait définir une atmosphère par un simple plan serré sur une robe d’un rouge sang. Et quand il pose sa caméra sur la nature – la séquence du cerf courant de nuit dans la neige est, à cet égard, exemplaire – il en dégage une atmosphère aussi poétique qu’inquiétante.

Porté par la bande musicale – présente et pas omniprésente –  de son complice de toujours, Alberto Iglesias, avec, au final, la très belle chanson de Chavela Vargas, ce drame intimiste de Pedro Almodóvar est une œuvre aussi profonde que sensible.

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