DEUX FRÈRES ENNEMIS

MAUVAISE GRAINE, de Claudio Caligari – 1h40

Avec Luca Marinelli, Alessandro Borghi, Silvia d’Amico, Roberta Mattei

10Sortie : mercredi 11 mai 2016

Je vote : 4 sur 5

Quezako ?

1995, près de Rome. Vittorio et Cesare qui se connaissent depuis 20 ans, sont comme des frères inséparables. Leur quotidien se résume aux discothèques, à l’alcool et aux trafics de drogues … Mais ils paient cher cette vie d’excès. Après avoir rencontré Linda, Vittorio semble vouloir changer de vie. Cesare lui, plonge inexorablement…

Et alors ?

Emporté par la maladie alors qu’il terminait le montage du film – son ami et acteur Valerio Mastandrea a terminé le travail –  le réalisateur Claudio Caligari se situe dans la droite ligne de Pier Paolo Pasolini, en particulier dans sa critique de la société de consommation et de la crise sociale. Après avoir signé un film remarqué au début des années 80, Amore tossico, sur l’invasion de l’héroïne dans les coins montrés par Pasolini justement, il avait eu envie de retourner voir comment la consommation et le trafic de drogue avait changé. Mais, le projet n’a pas vu le jour.

_MG_3412 Il poursuit : « Seule une série de récentes immersions dans ce qui reste de cet univers et les découvertes qui en ont découlé m’ont permis de comprendre ce qui pouvait vraiment se faire : non pas une simple description phénoménologique du nouveau monde toxicomane, mais, plus ambitieusement, la photographie de ce qu’il était advenu du monde pasolinien. Comme c’était prévisible, la proposition du poète d’abolir l’école et la télévision est restée lettre morte : loin d’avoir été supprimées, les transmissions télévisées se sont incontestablement multipliées, réalisant une uniformisation vulgaire et néfaste, allant bien au-delà des prévisions pasoliniennes les plus pessimistes. Nous sommes désormais en présence de la dissolution totale de ce monde, due également, et de façon surprenante, à l’irruption dans la mentalité banlieusarde d’une pratique vraiment inédite dans ce milieu : celle du travail. Et rien ne pouvait mieux en anéantir définitivement la culture originale que ce concept et cette pratique du travail ».

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En suivant deux amis d’enfance dont l’un essaie de s’en sortir par tous les moyens, en signant une histoire à la sombre issue, Caligari signe un récit dense, âpre, violent sur un monde qui n’en finit plus de se décomposer et sur une banlieue qui offre, en Italie comme ici, le visage d’un monde à bout de souffle et qui ne survit que par les trafics minables. Et où l’alternative se joue entre un travail minable et sans lendemain et les trafics en tout genre.

Les deux comédiens principaux ont le physique et le jeu qui convient pour donner une vraie densité à ce portrait sans fard d’une société en train de couler. La mise en scène nerveuse, les choix musicaux de la bande originale et la photographie de Maurizio Calvesi donne à l’ultime film de Caligari une indéniable portée politique et une grande efficacité visuelle.

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