LA FÊTE, LES SALTIMBANQUES ET L’AMOUR DE LA VIE

LES OGRES, de Léa Fehner – 2h24

 Avec Adèle Haenel, Marc Barbé, François Fehner, Marion Bouvarel, Inès Fehner, Lola Dueñas

Sortie : mercredi 16 mars 2016

Je vote : 4 sur 5

LES-OGRES-photo-1-1_webQuezako  ?`

Ils vont de ville en ville, un chapiteau sur le dos, leur spectacle en bandoulière. Dans nos vies ils apportent le rêve et le désordre. Ce sont des ogres, des géants, ils en ont mangé du théâtre et des kilomètres. Mais l’arrivée imminente d’un bébé et le retour d’une ancienne amante vont raviver des blessures que l’on croyait oubliées. Alors que la fête commence !

Indispensable !

2h24 sur les traces d’un théâtre itinérant qui va sur la route des plages, de bourgade  en bourgade , donner un spectacle de Tchekhov, cela pourrait être mortellement ennuyeux, didactique et mou. Après le remarqué Qu’un seul tienne et les autres suivront,  Léa Fehner réussit le pari haut la main. Elle parvient à nous faire vivre le spectacle au cœur du chapiteau au plus près des saltimbanques pour nous embarquer ensuite  sur une autre scène itinérante quand les comédiens taillent la route en camion et caravanes et n’en finissent pas de jouer leur vie « pour de vrai ».

  Une histoire où la cinéaste LES OGRES photo 1-10_webs’est inspirée d’un parcours personnel. Elle raconte : « Étrangement, quand j’ai décidé à mon tour de raconter des histoires, je crois que j’ai quitté ce milieu pour celui du cinéma parce que j’avais la trouille. La trouille des rues vides où l’on parade mal réchauffés. La trouille de la truculence d’une vie où pour parler au spectateur tu lui postillonnes dessus, où les enfants sont au courant de la moindre histoire de fesse, où tu grandis au milieu des cris, du théâtre et des ivrognes. Et c’est sans « parler de l’ingérence de tous dans la vie de chacun, du manque de tunes viscéral dont on clame que cela n’a aucune importance, des frustrations qu’on ressent face à ceux qui réussissent mieux… Mais récemment, tout s’est inversé. Là où je voyais des  galères, je me suis mise à voir du courage, cette proximité avec le spectateur m’a fait envie. Les débordements se sont mis à s’inscrire pour moi dans la fête, dans la vie. » Pas étonnant alors de voir ses parents figurer au générique de ce film en forme d’hymne à la vie; avec ses coups de blues mais aussi ses éclats de joie.

LES OGRES photo 1-9_webOutre la mise en scène enlevée, le montage tonique et une réjouissante musique originale qui pourrait figurer dans un Gatlif ou un Kusturica, l’histoire est portée par un casting aussi impeccable qu’impressionnant.

Face à Adèle Haenel, qui éclaire toute l’histoire d’un sourire merveilleux et fait pleinement exister  Mona, la diablesse sur le point d’accoucher, Marc Barbé est magnifique dans la peau de M. Déloyal, un type aigri et amer depuis la mort de son fils emporté par une leucémie et qui noie son mal de vivre dans la vodka et les provocations en tout genre… Il faudrait citer tous les comédiens tant le casting est réussi et permet des scènes miraculeuses comme celle où la femme de François le trompe le temps d’une parenthèse avec un spectateur. Un moment d’une grâce infinie.

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La manière qu’ont ces saltimbanques de conjurer la mort, la tristesse et les coups de Trafalgar de l’existence ne peut que bouleverser le plus insensible des spectateurs. Le grand film de ce début d’année en forme d’hymne à la vie. Quand le rire se marie à la finesse, c’est un vrai bonheur.

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