L’EXIL EST SON ROYAUME : CELINE

070472LOUIS-FERDINAND CÉLINE – DEUX CLOWNS POUR UNE CATASTROPHE, d’Emmanuel Bourdieu – 1h37

Avec Denis Lavant, Géraldine Pailhas, Philip Desmeules

Sortie : mercredi  9 mars 2016

Je vote : 4 sur 5

Quezako ?

1948. Accusé par la justice française d’avoir collaboré avec les Nazis, Louis-Ferdinand Céline s’est exilé au Danemark avec sa femme, Lucette. Milton Hindus, jeune écrivain juif américain, qui l’admire et le soutient avec ferveur, le rejoint au fin fond de la campagne danoise, avec l’intention de tirer de leur rencontre un livre de souvenirs. De la confrontation entre les deux hommes, personne ne sortira indemne…
 2 raisons d’y aller
Une fiction sur Céline. Bien des cinéastes ont voulu adapter l’univers romanesque de Céline et s’y sont cassés le nez. Emmanuel Bourdieu a habilement contourné la difficulté en faisant de l’auteur de Mort à crédit le héros du film à travers un passage clé de sa vie : celui de son exil forcé au Danemark car sous le coup d’une condamnation en France. Il le fait en tirant son scénario du L.-F. Céline, tel que je l’ai vu , signé en 1951 Milton Hindus Céline, un universitaire américain et au demeurant juif, qui avait fait le voyage pour faire un livre d’entretiens avec le romancier.  Le fils du célèbre sociologue français s’attaque donc une nouvelle fois à l’antisémitisme français après avoir tourné le téléfilm sur Drumont. « Céline est un écrivain accompli, révolutionnaire même, conscient de son talent. Il a contribué avec quelques autres à l’invention d’une nouvelle manière de faire des romans, ce que certains ont appelé le « roman parlant ». Son antisémitisme n’est pas le résultat d’un échec, d’une impuissance, et il est d’autant plus déconcertant : quel besoin un homme comme Céline avait-il de souiller son art en le consacrant à une cause pareille ? », déclare Emmanuel Bourdieu.
Il en tire le portrait d’une confrontation passionnante entre deux êtres que tout oppose : l’un, Céline, vitupérant contre la terre entière et tout entier dévoué à poursuivre son œuvre sans se poser la question de la monstruosité de certains de ses écrits; l’autre, un écrivain américain dont le travail va pousser le gouvernement danois à ne pas extrader Céline vers la France. Ce qui, quelque part, va lui sauver la vie, les lendemains de l’après-guerre étant encore riches en jugements radicaux.

122887Un choc de comédien. Il fallait trouve un acteur pour incarner Céline dans sa démesure, sa logorrhée, sa folie et ses mensonges. Après l’avoir déjà campé de façon magnifique sur scène en 2015 dans Faire danser les alligators sur la flûte de pan, au théâtre de l’Œuvre, Denis Lavant reprend le flambeau et force le respect.

Malgré son peu de ressemblance avec le grand écrivain, il est médusant aussi bien quand il campe un Céline agressif, qu’un être pouvant tour à tour être braillard puis suppliant. Confidences d’Emmanuel Bourdieu : « Je ne voulais pas d’un Céline purement intellectuel et désincarné, ni d’un vieillard poétique, effondré sur son lit, comme on le représente bien souvent, mais un 927531-1148441homme révolté, multiple, remuant, excessif, changeant au milieu d’une phrase ou d’un geste, passant de la fureur la plus énorme à la plus extrême délicatesse et à l’humour le plus insolent. Denis ne ressemble pas au vrai Céline, mais il a son énergie et il sait jouer de ces ruptures permanentes, aussi effrayantes que fascinantes.  » Il faut le voir expliquer à sa femme une danse « juive » pour mesurer la puissance gestuelle d’un tel comédien. Face à lui, forte de son passé de danseuse, Géraldine Pailhas est impressionnante dans la peau de Lucette, l’épouse du romancier, qui le suit dans tous ses délires même si elle doit renoncer à son métier – la danse – ou le faire comme un vulgaire hobby. « J’ai tenté de dépeindre cette femme de tête à l’aune des hommes qui l’entourent : ambivalente. Ce qui la caractérise, avant tout, c’est son amour inconditionnel pour Céline. Mais cet amour n’est pas mièvre, ni larmoyant. Lucette ne pleurniche pas, ne se plaint pas, elle agit, elle défend son mari par tous les moyens – contre les autres et, surtout, contre lui-même » ajoute le réalisateur.

Ni manichéen, ni caricatural, ce Céline de cinéma est une vraie contribution à la lecture d’un romancier aussi génial que capable des pires excès. Et puis, rien que pour Denis Lavant, il faut courir voir ce film.

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