UN DOC QUI N’EST PAS SOURD AUX AUTRES….

J’AVANCERAI VERS TOI AVEC LES YEUX D’UN SOURD, de Laetitia Carton – 1h30

Documentaire

Sortie : mercredi 20 janvier 2016

Je vote : 3 sur 5

photo-laetitiatruffaut-couleurQuezako  ?

« Ce film est adressé à mon ami Vincent, mort il y a dix ans. Vincent était Sourd. Il m’avait initiée à la langue des signes.  Je lui donne aujourd’hui des nouvelles de son pays, ce monde inconnu et fascinant, celui d’un peuple qui lutte pour défendre sa culture et son identité ». Tel est le propos de la réalisatrice de ce doc.

Et alors ?

029Jouant sur le mode épistolaire avec une belle sensibilité, Laetitia Carton signe ici un bel hommage à l’ami disparu et ce Vincent avec lequel, à l’origine, elle devait réaliser ce film. Pour nous conduite dans un pays étrange, dont les habitants sont trop souvent frappés d’ostracisme : celui des sourds. Elle dit : « Cette langue n’a pas d’équivalent. Elle me bouleverse, elle parle d’ailleurs… » Et d’ajouter : « C’est un monde parallèle en effet, régi par une langue et une culture différentes. Les Sourds sont parmi nous et on ne les voit pas, on ne les connaît pas. Il existe, par rapport à la surdité, un déni fort qui m’interpelle beaucoup. »
Il y a dans cette approche très sensible de la planète des sourds, dans la volonté militante d’évoquer le langage des signes, face à la tradition oraliste, une volonté de filmer au plus près des êtres  comme si la cinéaste restait fascinée par les gestes comme par la chorégraphie des corps. Ce qui était déjà présent dans son précédent doc sur un autre ami, célèbre auteur de bandes dessinées : Edmond, un portrait de Baudoin.  015Elle explique cette fascination pour ce mouvement : «  Le lien, c’est la danse. Je danse depuis que j’ai cinq ans mais j’ai dû arrêter à 23 ans ; j’étais aux Beaux-Arts en même temps, il m’a fallu choisir. Je prépare d’ailleurs un film sur les bals traditionnels. Ce qui me fascine dans la langue des signes, c’est le mouvement, le geste et l’émotion qu’elle me procure. »

In fine, la cinéaste ne cache pas avoir eu l’ambition de faire un film militant. Confidences : «  Je pense qu’il faut d’abord enseigner la langue des signes, même si beaucoup de parents ne sont pas d’accord et font le choix de l’oralisation. Je vois le résultat : les adultes Sourds qui ont reçu une éducation bilingue depuis l’enfance ne sont pas handicapés, ils ont juste une culture
différente. Ils sont centrés, clairs dans leur identité, épanouis. Vincent ne savait pas qui il était. C’était son problème. Les sourds sont tous en quête d’identité. S’ils n’ont pas eu de modèles étant gamins, c’est très dur pour eux. »

Fruit d’un travail étalé sur dix ans, ce documentaire fort et touchant permet aussi de saisir le temps qui passe comme les évolutions techniques. Une vraie tranche de vie en pays de surdité.

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