UNE CAMÉRA AU CŒUR DES CAMPS DE LA MORT

Grand prix du dernier Festival de Cannes, Le Fils de Saul, sur les écrans le 4 novembre, c’est l’histoire d’un membre de Sonderkommandos des camps de la mort qui veut enterrer dignement son fils… Un film qui est tout, sauf une œuvre anodine.

Couronné d’un Grand Prix au dernier Festival de Cannes – certains avaient même parié sur une Palme d’or – Le Fils de Saul a marqué le public. De fait, le scénario du premier film de  László Nemes – un Hongrois arrivé en France à l’âge de 12 ans, et diplômé de Sciences-Po – est une histoire terrible. Celle d’un membre d’un Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination.

Un jour, Saul Ausländer découvre dans un crématorium le cadavre de son fils et décide, au péril de sa vie, d’accomplir l’impossible : sauver le corps des flammes et lui offrir une sépulture digne… 216518Expliquant ses motivations à tourner un film sur la Shoah, le jeune cinéaste raconte : « J’ai toujours voulu en parler. La lecture du livre « Des voix sous la cendre » (récits de Soderkommandos, retrouvés enterrées à Auschwitz-Birkenau : NDR) a été un choc. J’ai su que ce serait le sujet de mon film car il me permettait d’être au cœur du système d’extermination. Ma famille a été en grande partie déportée ou massacrée en 1944, les juifs à cette époque ne mouraient pas seulement dans les camps. » Avant d’ajouter que ce drame avait nourri bien des discussions dans sa famille : « C‘était un sujet de conversation quotidien. « Le mal était fait », avais-je l’impression quand j’étais petit. Cela ressemblait à un trou noir, creusé au milieu de nous ; quelque chose s’était brisé et me maintenait à l’écart. Longtemps, je n’ai pas compris. A un moment, il s’est agi pour moi de rétablir un lien avec cette histoire ». 

Avec sa co-scénariste Clara Royer, László Nemes a fait un gros travail de documentation pour ne faire aucune erreur historique dans un tel drame au cœur de l’extermination nazie : « Nous avons lu d’autres témoignages, ceux de Shlomo Venezia et Filip Müller, mais aussi celui de Miklós Nyiszli, un médecin juif hongrois affecté aux crématoriums. Bien sûr, Shoah de Claude Lanzmann, notamment les séquences des Sonderkommando, avec le récit d’Abraham Bomba, reste une référence. Enfin, nous nous sommes également appuyé sur l’aide d’historiens comme Gideon Greif, Philippe Mesnard et Zoltán Vági » dit-il.

267296Sur le plan de la réalisation, il a choisi qu’une partie du champ visuel du spectateur soit souvent flouté. Commentaires du cinéaste : « On a beaucoup travaillé sur le hors-champ, le flou. Les sons sont là pour suggérer qu’il y a plus que ce qu’on voit à l’écran. On ne dépasse pas les capacités de vision du personnage. Trouver cette stratégie réglait la question de l’approche morale. Des les premières images, on comprend que Saul ne voit plus les choses comme celui qui descend du train. Cela fait quatre mois qu’il transporte des corps et accueille des convois qu’il fait entrer dans les chambres à gaz. On a tourné en 35 mm qui procure une expérience sensorielle unique, avec de l’image et de l’obscurité qui se mélangent.  »

Avec un tel film, le spectateur plonge donc au cœur du système d’extermination nazi, au plus près de l’horreur. Une œuvre qui ne peut laisser personne insensible.

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