UNE FEMME FIÈRE DE SON CORPS

VIERGE SOUS SERMENT, de Laura Bispuri – 1h27

avec Alba Rohrwacher, Fionja Kodhell, Lars Eidinger

Sortie : mercredi 30 septembre 2015

Je vote : 4 sur 5

Vierge_photo3-640x426Quezako?

Hana a grandi dans un petit village reculé d’Albanie où le sort des femmes n’est guère enviable. Pour ne pas vivre sous tutelle des hommes, elle choisit de se plier à une tradition ancestrale  en faisant le serment de rester vierge à jamais et de vivre comme un homme. Mais Hana a des rêves de liberté…

Et alors ?

Laura Pispuri a écrit le scénario de ce premier film en puisant le thème dans de vieilles traditions albanaises, un pays qui a longtemps vécu refermé sur lui-même et fut soumis à une vraie dictature. En décrivant notamment les conséquences pour la vie des femmes du Kanun, ce code Vierge_photo7-640x426pénal élaboré sous la domination ottomane et qui perdure depuis au moins deux cents ans. Selon ce code, qui semble surréaliste à un esprit européen moderne,  une femme peut se déclarer un homme, se comporter comme un homme et avoir accès à tous les droits qu’il réserve exclusivement aux hommes. Durant des siècles, il a régulé la vie sociale en Albanie, en particulier dans les zones reculées du Nord (ainsi qu’au Kosovo, en Macédoine et au Vierge_photo1-640x426Monténégro).  Après son  serment, la « vierge » acquiert donc les mêmes droits que les hommes, prend un nom masculin, a le droit de porter une arme, de fumer et de boire avec des hommes dans des lieux d’ordinaire interdits aux femmes…

En partant de là, elle a imaginé le parcours d’une jeune femme qui veut s’en sortir et fuit les montagnes reculées de son enfance – des paysages au demeurant magnifiques et que restitue bien la caméra – pour retrouver sa sœur en Italie et tenter de mener une vie « normale ». La réalisatrice souligne : « C’est un film sur le corps, un corps congelé. Un corps qui ne peut être ni un homme ni une femme ; ou qui est à la fois homme et femme. J’ai toujours conçu la voie italienne de mon personnage comme la décongélation lente et progressive d’un corps. »En alternant les scènes de retour à la vie, non exempte de difficultés en Italie (pour rejoindre une sœur qui a fuit son pays d’origine avec son amoureux), et celle en Albanie, Laura Pispuri parvient par petites touches à nous faire ressentir comment le sort des femmes n’est que de se soumettre ou se révolter en fuyant de telles traditions.

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Il fallait une comédienne capable de bien des nuances pour camper Hana. Avec Alba Rohrwacher , elle a eu la main heureuse, tant cette comédienne, qui a commencé très tôt sa carrière, parvient à jouer les deux visages de cette femme-homme sans jamais sombrer dans la caricature. Confidences de la cinéaste :  » Nous avons dû beaucoup travailler sur le corps. Nous nous étions mises d’accord avec Alba pour qu’elle porte les habits de Mark en-dehors du tournage. Je lui ai conseillé de manger, boire et dormir comme Mark, et c’est ce qu’elle a fait ! Le corps, l’allure, la démarche – personne ne pouvait incarner Mark comme elle. Après le tournage, nous avons toutes les deux eu l’impression que Mark était encore en vie. « Que ferait Mark aujourd’hui ? » Transformer Alba en Mark fut un voyage incroyable. »

Au final, le film décrit très justement une incroyable tradition qui semble sortie de la nuit des temps. La cinéaste réussit des moments d’une intensité forte comme la séquence de l’enterrement du père sous la neige où l’atmosphère lorgne vers Kusturica. C’est âpre, fort et bouleversant.

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